« Préservatif : «Chrétiens et sida» demande à être auditionnée au Vatican | Page d'accueil | UN CRI CONTRE LE RACISME ET L'INTEGRISME »
24.05.2006
Homoparentalité : l’APGL a 20 ans
C’est elle qui a inventé le terme homoparentalité, mais le grand succès de l’Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens est surtout d’avoir réussi, en vingt ans, à imposer l’idée qu’être parent et gay n’était pas antinomique : une révolution.
En rang serré dans un bar du Châtelet, l’émotion était palpable parmi les sept artisans du lancement et du succès de l’Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens venus, le 22 mai, fêter les 20 ans de l’association.
Une émotion parce que ce combat, désormais collectif et solidaire, pour être reconnu comme parent gay, a souvent été d’abord un combat individuel, difficile, incertain et douloureux. Ce fut le cas pour Philippe Fretté, président fondateur de ce qui s’appelait alors l’APG, qui a courageusement essuyé les plâtres au fil d’années et d’années de procédure alors qu’on lui refusait l’agrément pour adopter. Durant son mandat, l’association a choisi la mixité et le soutien à toutes les formes de parentalité homosexuelle.
Le lancement n’a pas pour autant été facile car l’opposition était double : celle des hétéros pour faire simple et celle, parfois dure, d’une bonne part des homos. "Les homosexuels ont longtemps intégré le fait qu’être gay, c’était faire le deuil d’avoir des enfants, explique Philippe Fretté. On nous reprochait de vouloir le beurre et l’argent du beurre, de vouloir être gay et parent. On nous disait que nous n’étions pas de vrais homosexuels ! Et puis, on nous a aussi demandé de ne pas en faire trop dans nos revendications pour ne pas compliquer les débats sur le Contrat d’Union civile [l’ancêtre du PaCS]."
Pourtant, au fil des années, l’association va connaître un succès grandissant. En quatre ans, elle compte 100 adhérents. L’association se féminise beaucoup à partir de 1992. Elle compte 400 adhérents en 1997, plus de 800 en 1999 et près de 1 500 aujourd’hui répartis dans une quinzaine d’antennes régionales. Ce succès, l’APGL le doit à la stratégie de ses présidents successifs (Pierre Rouff et Gérard Soubiran, Eric Dubreuil, Martine Gross, Eric Verdier, et Wanda Marin et Eric Garnier, les actuels co-présidents) qui allie l’exemplarité et la médiatisation (certains parents gay ont été les pionniers en témoignant de leur quotidien, de leur vie de famille à de nombreuses reprises), la réflexion (le lancement d’études en France et la mobilisation de chercheurs hexagonaux) et le travail de persuasion politique.
Un des grands succès de l’APGL aura été de rendre légitimes et crédibles ses revendications, de montrer qu’il n’était pas inéluctable pour les gays et lesbiennes qui le souhaitaient de renoncer obligatoirement à se projeter dans l’avenir, à avoir et élever des enfants.
Ainsi, du côté homo, nous sommes passés de la défiance au soutien solidaire. L’homoparentalité est aujourd’hui reconnue comme une revendication naturelle d’égalité des droits. Le travail de l’APGL a aussi porté ses fruits dans l’opinion publique qui découvre et accepte souvent avec bienveillance ses nouvelles formes de parentalité.
Reste le cas des politiques qui ont peu bougé, à l’exception notable des Verts et de quelques personnalités socialistes comme Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius…
"Après l’ère de la médiatisation, puis celle de la recherche, nous sommes clairement dans celle du juridique et du politique, avance Wanda Marin, co-présidente de l’APGL. Nos familles existent, elles sont une réalité, mais nos enfants ne sont pas protégés. Nous devons profiter des mois qui viennent pour obtenir un engagement sur une légalisation de ce qui est aujourd’hui un état de fait. Nous observons de micro-avancées juridiques [jugement de Clermont-Ferrand et Agen sur l’adoption ou la délégation d’autorité parentale par exemple] mais elles ne suffisent pas."
L’APGL compte se mobiliser pour les présidentielles. "Nous mettons en place un questionnaire très détaillé sur les questions d’homoparentalité que nous adresserons aux différents candidats, indique Eric Garnier, co-président de l’association. Notre souhait est d’obtenir des engagements concrets et de les faire connaître".
Jean-François Laforgerie
> A lire : "Homoparentalités"
Outil majeur de la popularisation des propositions et des revendications de l’APGL, les conférences organisées par l’association (trois à ce jour) ont souvent constitué des tournants et des avancées. D’abord parce qu’elles sont un lieu de débat unique et surtout parce qu’elles permettent de faire le point de façon quasi exhaustive sur l’état de la réflexion aujourd’hui sur l’homoparentalité dans toutes ses composantes.
On en jugera avec l’ouvrage collectif "Homoparentalités : approches scientifiques et juridiques" dirigé par Anne Cadoret, Martine Gross, Caroline Mécary et Bruno Perreau qui vient de paraître aux PUF. Il s’agit des actes de la IIIème conférence internationale sur l’homoparentalité qui s’est tenue en octobre 2005 à Paris. Une mine scientifique pluridisciplinaire qui fait la part belle aux chercheurs étrangers et dessine les axes d’un combat tout en alimentant la réflexion de chacun.
"Homoparentalités : approches scientifiques et juridiques", ouvrage collectif. Presses Universitaires de France. 28 euros.
A LIRE SUR :
10:30 Publié dans 01 - Actualité, 06 - Politique, 12 - Associations, 14 - Homoparentalité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Ecrire un commentaire